Bonjour à tous,
Pour ceux qui découvrent Prescription, je suis Mathieu Barbanson, un pharmacien passionné par les sujets de santé public et d’innovation en santé. Mon objectif est de vous partager les dernières actualités françaises en vous les rassemblant sous un format de newsletter simple et accessible à tous, que vous soyez professionnels de santé, patients ou tout simplement curieux.
Pour cette édition, je mets de côté le gros plan pour pouvoir partager plus d’actualités tout en gardant un format digeste. J’envisage de passer à une publication par semaine pour Prescription avec une alternance entre un format rassemblant plusieurs petites actualités et un format gros plan sur un sujet traité plus en détails. Qu’en pensez-vous ? Partagez-moi votre point de vue et dites-moi si cela peut vous intéresser ainsi que le type de sujet que vous aimeriez voir passer dans les grands formats.
Plongeons-nous dans les actualités de la semaine !
Recherche, Innovation et évolution des pratiques 🔬
⚕️ L’AME (Aide Médicale d’État), supprimée puis rétablie
Le 29 novembre 2023, les députés français ont rétabli l'Aide Médicale d'État (AME) dans le projet de loi sur l'immigration, annulant ainsi une décision antérieure du Sénat (datant du 7 novembre) qui avait voté en faveur de sa suppression pour la transformer en Aide Médicale d’Urgence (AMU) nettement plus restrictive au niveau de ces conditions d’accès et du champ d’action des soignants. Ce n’est pas la première fois que l’AME est menacée puisque des mesures similaires avaient déjà été adoptées par le Sénat en 2018 et 2019.
L'AME, un dispositif crucial fournissant un accès aux soins pour les immigrants en situation irrégulière, avait été au centre de débats et de controverses. Adoptée en 2000, l'AME permet aux personnes sans titre de séjour en France de bénéficier de soins médicaux de base. La suppression de l'AME suscitaient des inquiétudes quant à l'accès aux soins pour cette population vulnérable chez les professionnels de santé, qui s’étaient mobilisés pour exprimer leur désaccord contre cette décision du Sénat. Les députés ont souligné l'importance de maintenir l'AME pour des raisons humanitaires et de santé publique, mettant en avant le principe d'égalité d'accès aux soins. Cependant, le débat autour de l'AME souligne les tensions persistantes liées à la politique migratoire en France, principalement de la part du Rassemblement Nationale et des Républicains, avec des opinions divergentes sur la manière de concilier les impératifs humanitaires et les préoccupations liées à l'immigration.
Vous pouvez en apprendre plus sur le déroulé et les détails autour de la suppression puis du rétablissement de l’AME dans ces articles Le Monde.
💉 Analogues de GLP-1, nouvel espoir dans la lutte contre l’obésité ?
Le 8 novembre aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a donné son approbation à un médicament d'Eli Lilly nommé Zepbound, un analogue de GLP-1 (tirzepatide), pour le traitement de l'obésité et des personnes atteintes de diabète de type 2 en surpoids. C'est une avancée significative dans le domaine de la lutte contre l'obésité, qui constitue un problème de santé majeur (notamment aux US avec 33% de la population en situation d’obésité en 2021, Statista). Il s’agit de la troisième spécialité pharmaceutique approuvée avec ce mode d’action dans cette indication après le Saxenda (liraglutide) en 2014 et le Wegovy (semaglutide) en 2021 qui sont commercialisé par le laboratoire Novo Nordisk. Les thérapies sont uniquement disponible sous forme d’injection et sont administrées à une fréquence hebdomadaire. Ces traitements sont déjà connus pour leur utilisation dans le diabète de type 2, commercialisés sous d’autres noms afin de distinguer les indications : Mounjaro pour le Zepbuond, Ozempic pour le Wegovy et Victoza pour le Saxenda.
Les analogues de GLP-1 (Glucagon-like petide-1) fonctionne en imitant l'action d'une hormone endogène intestinale qui régule le métabolisme et la sensation de satiété. Les résultats des essais cliniques ont suscité un grand enthousiasme, montrant une perte de poids significative chez les patients souffrant d'obésité. Cette approbation marque une étape importante dans la diversification des options thérapeutiques disponibles pour l'obésité, un problème de santé publique croissant. Cependant, comme avec tout médicament, des préoccupations subsistent quant aux effets secondaires potentiels et à la nécessité d'une utilisation judicieuse. L'approbation de ce médicament ouvre la voie à de nouvelles perspectives dans la prise en charge de l'obésité, mais soulève également des questions sur la manière dont il sera intégré dans les stratégies globales de traitement et de prévention de cette condition médicale complexe.
🧬 La première thérapie utilisant la technique CRISPR-Cas9 approuvée
Le premier médicament utilisant la technique de modification génétique CRISPR-Cas9, qui a permis à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna d’être récompensées du prix Nobel de chimie en 2020, vient de recevoir une approbation au Royaume-Uni par la Medicines and Healthcare products Regulatory Agency (MHRA). Il s’agit du Casgevy (exagamglogene autotemcel), né de la collaboration entre CRISPR Therapeutics et du laboratoire Vertex Pharmaceuticals, qui s’apprête à changer la vie des patients atteints de la drépanocytose et de bêta-thalassémie (maladies génétiques héréditaires touchant les globules rouges). En utilisant la technique du “ciseau moléculaire”, le traitement pourra venir éditer le gène BCL11A défectueux et responsable des malformations des globules rouges afin de le corriger et permettre aux patients malades de retrouver un fonctionnement normal de leur gène.
Cette avancée majeure a été saluée pour son potentiel à transformer la manière dont certaines maladies génétiques sont traitées, ici en permettant à ces patients de limiter le nombre de transfusions sanguines dont ils ont besoin pour rester en bonne santé. Les résultats des essais cliniques ont montré des améliorations significatives chez les patients atteints de drépanocytose, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives pour d'autres maladies génétiques. Cependant, les questions éthiques et les préoccupations liées à la sécurité persistent, soulignant la nécessité d'une réglementation et d'une surveillance rigoureuses.
L'approbation de Casgevy marque un jalon dans l'histoire de la médecine et ouvre la porte à une ère de thérapies géniques novatrices, suscitant à la fois l'enthousiasme pour les possibilités de traitement et des réflexions approfondies sur les implications éthiques de cette avancée technologique.
Prévention 🚨
🚆 La SNCF à l’heure de la santé ?
Attention, écartez-vous de la bordure des quais car la santé entre en gare !
Le lundi 13 novembre, la SNCF a annoncé son projet d'installer des centres de télémédecine dans environ 300 gares en France d’ici 2028 après avoir signé une promesse de Convention d’Occupation Temporaire (COT) avec Loxamed. Suite à un appel d’offre posté en mars dernier, SNCF Gares & Connexions a fait le choix de s’entourer de Loxamed qui est une entreprise spécialisée dans le déploiement de solutions de santé innovante avec des espaces de télémédecine (plus de 10 000 consultations) et des services de prévention avec l’organisation de dépistages et campagnes de vaccination (plus de 1 millions de tests Covid réalisés).
Cette solution cherche à améliorer l'accès aux soins en utilisant la technologie, ainsi les gares ciblées se situeraient en priorité dans les zones d’intervention prioritaires (ZIP) et zones d’action complémentaires (ZAC) qui sont définies par une offre de soins insuffisante et une difficulté d’accès aux soins (déserts médicaux). Les centres de télémédecine permettront aux usagers des gares d'avoir des consultations médicales à distance, favorisant ainsi la prévention et le dépistage des problèmes de santé. Cette initiative souligne le rôle clé des infrastructures de transport dans la promotion de la santé publique et la lutte contre les inégalités d'accès aux soins, en précisant que 90% de la population française vit à moins de 10km d’une gare.
Le succès de cette approche dépendra de la collaboration entre le secteur des transports et le secteur de la santé, ainsi que de la réceptivité des usagers à adopter cette nouvelle forme de consultation médicale, mais la SNCF se lance dans la santé à grande vitesse. Vous pouvez retrouver plus d’informations sur le site de la SNCF Gares & Connexions.
♀️ Règles précoces et éducation menstruelle insuffisante, un problème majeur chez les jeunes filles
L'association Règles élémentaires, luttant contre la précarité menstruelle et le tabou des règles, prévient du manque d’éducation menstruelle chez les jeunes filles. La survenue des premières règles est de plus en plus précoce chez les jeunes filles et devient une préoccupation croissante, avec plus de 70% d'entre elles les ayant avant l'âge de 13 ans et 20% d’entre elles les ayant dès le primaire. Ce phénomène soulève des inquiétudes quant au manque d'information adaptée à ce jeune public notamment au niveau des impacts sur leur scolarité et leur santé mentale. L'association pointe du doigt le déficit d'éducation menstruelle et la mauvaise gestion de ces évènements par les établissements scolaires, mettant en évidence la nécessité de sensibiliser les jeunes filles mais aussi les personnels des établissements à cette thématique.
Voici quelques chiffres alarmants concernant le sujet :
Seules la moitié des moins de 13 ans ont déjà bénéficié d’informations sur les règles à l’école ;
Pour 8 filles sur 10, les règles à l’école représente un facteur de stress ;
1 fille sur 3 (1 sur 2 si l’on considère les plus de 15 ans) a déjà manqué l’école à cause des règles ;
¼ d’entre elles estiment que cela a freiné leur progression scolaire ;
35% des filles seulement ont accès à des protections gratuites dans leur établissement.
Il devient impératif d'adapter les programmes éducatifs pour fournir des informations complètes et adaptées à ces jeunes filles, afin de les aider à comprendre et à gérer ce processus physiologique.
Par rapport à la survenue de plus en plus tôt des premières règles, Julia Maruani, gynécologue et secrétaire générale de la Fédération nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (FNCGM), alerte contre l’implication des perturbateurs endocriniens et des facteurs environnementaux dans cette tendance. En mettant en lumière le rôle potentiel des perturbateurs endocriniens, la question s'étend à des considérations environnementales et de santé publique, soulignant la complexité de ce défi sociétal.
Vous pouvez retrouver ici le lien menant à l’étude parue en octobre sur ce sujet (à l’initiative de l’association Règles élémentaires et d’OpinionWay) ainsi qu’à un site internet pouvant servir de support pour l’éducation menstruelle des jeunes filles.
Digital 📱
🎂 Doctolib fête ses 10 ans
Doctolib célèbre son 10e anniversaire en ouvrant un nouveau chapitre axé sur l'innovation et “envisage d’être rentable en début d’année 2025” comme l’annonce le cofondateur et PDG de l’entreprise, Stanislas Niox-Chateau, soulignant sa croissance soutenue et son impact significatif malgré la crise sanitaire mondiale de 2020. Au cours de la dernière décennie, Doctolib qui s’est d’abord fait connaître par sa plateforme de prise de rendez-vous médicaux en ligne, a joué un rôle majeur dans la transformation numérique du secteur de la santé, facilitant l'accès aux soins pour des millions de personnes mais aussi la vie de nombreux professionnels de santé via leur logiciel de gestion et leur application de messagerie.
Pour marquer cet anniversaire, Doctolib annonce l’arrivée de plusieurs nouveautés, dont le lancement de nouvelles fonctionnalités parmi lesquelles on retrouve :
Une messagerie praticien-patient intelligente, sécurisée et intégrée à leur solution offrant la possibilité aux soignants d’échanger avec leurs patients qui est disponible depuis le 27 novembre et permettant de limiter le nombre de canaux de communication qui sont multiples (téléphone, email, sms, manuscrit) et souvent synonyme de surcharge de travail ;
Un service de messagerie pour les soignants destiner à envoyer des communications groupées et ciblées à leurs patients pour notamment jouer un rôle plus important sur le plan de la médecine préventive ;
Le service de messagerie entre soignants qui existait déjà sous le nom de Doctolib Team et qui devient Doctolib Siilo (nom de l’entreprise acquise par Doctolib en 2023 pour se renforcer dans ce secteur) afin de devenir le premier service de coopération des soins en Europe ;
Le paiement en ligne des consultations au cabinet ;
Des fonctionnalités améliorant l’expérience des soignants : amélioration du système d’enregistrement des patients avec la possibilité de soumettre des questionnaires au moment de la prise de rendez-vous, gestionnaires de tâches (administratives et médicales) et l’incorporation progressive de l’intelligence artificielle dans leurs solutions avec la mise à disposition d’un assistant médical et d’un assistant personnel dès l’année prochaine.
La plateforme célèbre ainsi une décennie d'impact tout en se préparant à une nouvelle ère d'expansion et de progrès dans le domaine de la santé numérique. Pour retrouver le détails des nouveautés, consultez cette page du site officiel de Doctolib.
J’ai une attache particulière pour Doctolib car j’ai eu l’occasion d’y travailler, alors j’en profite pour adresser toutes mes félicitations à l’entreprise et à toutes ces équipes remplies de personnes bienveillantes et ayant à cœur cette mission de simplifier la vie des soignants et de rendre la santé accessible au plus grand nombre. Je vous propose d’aller voir la vidéo partagée du “nouveau” Doctolib sur LinkedIn à l’occasion de leur 10 ans.
🧑⚖️ BioSerenity sauvé de la liquidation
Créée en 2014, BioSerenity fait partie des entreprises françaises à succès en santé numérique en ayant notamment levé plus de 80 millions d’euros depuis 2017 et en faisant partie de la French Tech 120 (programme d’accompagnement de l’État dédié aux 120 start-ups françaises les plus performantes et en capacité de devenir des leaders à l’échelle mondiale). L’entreprise développe des dispositifs médicaux et des logiciels pour le diagnostic et le suivi en éléctroencéphalographie (EEG) avec des usages notamment dans l’étude des troubles du sommeil.
Pourtant au mois d’août dernier, l’entreprise s’est retrouvée en redressement judiciaire. Suite à des prpoblèmes de choix de marché et de timing avec l’achat multiple de cliniques aux US (qui ont été revendues depuis), BioSerenity a accusé le coup sans jamais s’en remettre. Fort heureusement, le fond d’investissement français spécialisé dans la deeptech Jolt Capital vient de les sauver de la liquidation pour la somme de 24 millions d’euros. L’objectif de la reprise est de remettre l’entreprise sur pied avant de la revendre à une meilleure valorisation, mais l’essentiel est là pour cette start-up qui a développé des technologies et une expertise à la pointe dans son domaine en plus de bien avoir pénétré le marché français. L’essentiel est sauvé et les solution de BioSerenity continueront d’exister !
C’est tout pour ce cinquième numéro de Prescription, partagez vos avis sur les différents thèmes abordés et n’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez voir certains sujets traités dans les prochaines éditions.
Merci de m’avoir lu, prenez soin de vous d’ici le prochain numéro !
A bientôt,
Mathieu Barbanson
