Bonjour,
Nous entamons un mois de février qui s’annonce une nouvelle fois riche alors j’espère que vous êtes prêts car le programme s’annonce chargé.
Pour ceux qui découvrent Prescription, je suis Mathieu Barbanson, un pharmacien passionné par les sujets de santé public et d’innovation en santé. Mon objectif est de vous partager les dernières actualités françaises en vous les rassemblant sous un format de newsletter simple et accessible à tous, que vous soyez professionnels de santé, patients ou tout simplement curieux.
Commençons sans plus attendre à plonger dans les actualités de la semaine !
Politique Santé⚕️
📇🥼 Nouvelle étape dans la bascule des numéros ADELI vers les numéros RPPS
À partir de l'année 2024, tous les professionnels ADELI seront progressivement intégrés dans le référentiel RPPS (Répertoire Partagé des Professionnels intervenant dans le système de santé), qui deviendra ainsi le seul référentiel national des professionnels intervenant dans le système de santé. Cette transition s'inscrit dans le cadre des dispositions du code de la santé publique et marque une étape cruciale de la feuille de route du numérique en santé, le RPPS servant de socle pour l'identification des professionnels.
En mars 2024, les diététiciens, ergothérapeutes, manipulateurs d'électroradiologie médicale, psychomotriciens et les techniciens de laboratoire médical seront intégrés au RPPS. Le numéro RPPS sera disponible sur l'Annuaire Santé, accessible sur le site annuaire.sante.fr.
Pour ces professionnels, l'Agence Régionale de Santé (ARS) continuera d'assurer la collecte, la vérification, l'enregistrement et la mise à jour des données, en se basant sur les informations transmises via le portail eRPPS géré par l'Agence du Numérique en Santé (ANS). Les nouveaux diplômés recevront leur numéro RPPS après leur enregistrement auprès de l'ARS.
Contrairement au numéro ADELI actuel, qui varie selon le département et la profession, le numéro RPPS sera unique et pérenne. Une fois la transition effectuée, le numéro ADELI deviendra obsolète et ne sera plus attribué aux professionnels. Chaque numéro RPPS nouvellement attribué sera mis en correspondance avec le ou les derniers numéros ADELI connus.
La prochaine phase consistera à basculer les dernières professions vers le RPPS au cours de l'année 2024 comprenant : les audioprothésistes, chiropracteurs, épithésistes, ocularistes, opticiens-lunetiers, orthoprothésistes, orthopédistes-orthésistes, orthophonistes, orthoptistes, ostéopathes, psychologues, psychothérapeutes, podo-orthésistes et physiciens médicaux.
💾 Piratage Viamedis/Almerys : les données de 33 millions d’assurés sociaux potentiellement menacées
Les failles dans le contrôle des acteurs habilités à traiter des données médicales et sensibles sont mises en lumière par une fuite de données d'une ampleur sans précédent pour le secteur de l'assurance santé française. En l'espace de quelques jours seulement, Viamedis (le 1er février) et Almerys (le 5 février), deux des principaux opérateurs français spécialisés dans la gestion du tiers-payant pour le compte des mutuelles, ont été victimes de cyberattaques présentant un mode opératoire similaire. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a annoncé que les données de plus de 33 millions d'assurés sociaux ont été victimes d’un vol de données lors des cyberattaques, et il est estimé que plusieurs milliers de professionnels de santé sont également concernés.
Les deux fuites de données semblent avoir été causées par des modes opératoires similaires, impliquant une intrusion sur la plateforme après un hameçonnage ("phishing") ciblant un professionnel de santé et l'utilisation d'identifiants et de mots de passe usurpés de plusieurs clients professionnels de santé.
Les données personnelles exposées incluent l'état civil, la date de naissance, le numéro de sécurité sociale, le nom de l'assureur santé ainsi que des détails sur le contrat et les garanties associées au tiers payant. Cependant, les informations bancaires, les données médicales, les détails de remboursement de santé, les coordonnées postales, les numéros de téléphone et les adresses e-mail ne sont pas concernés par cette compromission, selon les communiqués des entreprises.
Avec ces données en leur possession, les pirates informatiques pourraient potentiellement réaliser des usurpations d'identité ou élaborer des attaques de hameçonnage en se faisant passer de manière crédible pour des organismes de santé ou des institutions bancaires.
Suite à la découverte de l'intrusion, Almerys et Viamedis ont immédiatement déconnecté leurs plateformes de gestion. Bien que les assurés puissent toujours utiliser leur carte vitale et leur carte de tiers payant, cette déconnexion impacte néanmoins l'activité de certains professionnels de santé.
Les deux entreprises ont déposé une plainte et ont également signalé l'incident aux autorités compétentes, notamment à la CNIL et à l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI).
Retrouvez plus d’informations sur les piratages de Viamedis et Almerys dans ces articles du Monde.
Recherche, Innovation et évolution des pratiques 🔬
💉 Un médicament indiqué en cas d’AVC capable de réduire la mortalité de moitié ?
Publiée dans la revue The Lancet Neurology le 23 janvier, l’étude ACTIMIS se montre prometteuse en mettant en lumière un traitement efficace, le glenzocimab, destiné aux patients victimes d'accidents vasculaires cérébraux (AVC). Cette avancée découle des travaux d'Acticor Biotech, une entreprise de biotechnologie française issue de l'INSERM, fondée en 2013. L'essai clinique de phase 2, mené dans six pays européens sur plus de 160 patients, indique une réduction significative de la mortalité. Comparativement au groupe placebo traité uniquement avec la thrombolyse, le groupe ayant reçu le glenzocimab en complément de la thrombolyse présente une réduction de plus de moitié du taux de mortalité, passant de 19% à 8%.
Cette diminution des décès est attribuée à une réduction considérable du taux d'hémorragies intracrâniennes, chutant de 7,8% dans le groupe placebo à 1,8% pour les patients traités avec le glenzocimab. Le glenzocimab est un fragment d'anticorps monoclonal humanisé (Fab) ciblant une nouvelle cible majeure, la glycoprotéine plaquettaire VI (GPVI). Le professeur Mikaël Mazighi, chef du service de neurologie à l'hôpital Lariboisière à Paris, qui a dirigé l'étude, souligne que ce médicament "empêche la formation des caillots sans augmenter le risque hémorragique".
Rappelons que chaque année en France, près de 130 000 personnes sont touchées par un AVC, constituant la deuxième cause de décès (première chez les femmes et troisième chez les hommes) et demeurant la principale cause de handicap acquis chez l'adulte.
En parallèle, je souhaite partager les signes caractéristiques d'un AVC (voir infographie ci-dessous) : paralysie, faiblesse ou engourdissement d'une partie du corps, déformation de la bouche, difficultés à parler, perte de vision d'un œil, troubles de l'équilibre, de la coordination ou de la marche, troubles de la vigilance jusqu'au coma, mal de tête brutal et intense.
Infographie "Urgence & Prévention" sur les AVC par la Société Française de Neurologie
En cas de doute, contactez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112 (numéro d'urgence européen), même en cas de signes transitoires, pour une prise en charge coordonnée et organisée jusqu'à l'unité neuro-vasculaire (UNV), permettant une réduction significative de la mortalité liée aux AVC.
Pour en apprendre plus sur les accidents vasculaires cérébraux, consultez ce dossier proposé par l’Inserm.
🧴 Un premier traitement contre le vitiligo disponible en France
Depuis la parution au Journal officiel du 31 janvier 2024, un espoir se dessine pour les patients souffrant de vitiligo avec l'autorisation en France de la crème Opzelura (ruxolitinib) mise au point par le laboratoire Incyte Biosciences. Le Ministère de la Santé a publié un arrêté autorisant la délivrance et le remboursement intégral de ce traitement via une procédure d'accès direct, marquant ainsi une avancée majeure dans la lutte contre cette maladie grâce à cette approbation qui fait de l'Opzelura le premier traitement contre le vitiligo approuvé dans le pays. Ce nouveau traitement avait obtenu en avril 2023 une autorisation de mise sur le marché valable dans toute l’Union européenne, avant d’obtenir l’avis favorable de la HAS en novembre 2023.
La prise en charge de cette crème concerne les adultes et les adolescents de plus de 12 ans pour un « traitement du vitiligo non-segmentaire avec atteinte faciale ». Seuls les dermatologues hospitaliers ou libéraux sont habilités à prescrire ce médicament en précisant "médicament en accès direct" sur l'ordonnance. Dans un premier temps, l'Opzelura sera uniquement disponible en pharmacie hospitalière dans certains établissements. Cette restriction vise à garantir un suivi adapté et une distribution contrôlée du traitement.
Pour la partie pratique, le traitement est relativement bien toléré le patient devra réaliser deux applications quotidiennes sur une zone limitée à 10% de la surface corporelle. Son action permet de repigmenter efficacement les zones touchées par le vitiligo de manière progressive. Toutefois, pour parvenir à une repigmentation totale ou quasi-totale de la peau, il est nécessaire de suivre le traitement pendant une période allant de 6 à 24 mois.
Le vitiligo est une maladie auto-immune courante touchant entre 600 000 et 1 million de personnes en France qui se caractérise par des zones de dépigmentation sur la peau ou les poils. Cette affection cutanée résulte de la disparition progressive des mélanocytes, les cellules responsables de la production des pigments cutanés. Principalement localisées sur le visage, les mains, les pieds, les articulations et les parties génitales, ces zones dépigmentées ont un impact psychologique significatif sur les personnes atteintes, souvent sujettes à la stigmatisation.
L'arrivée de l'Opzelura offre ainsi un nouvel espoir pour ces patients, en offrant une solution de traitement ciblée et efficace pour repigmenter les zones touchées par le vitiligo, améliorant ainsi leur qualité de vie et leur bien-être psychologique.
Pour en apprendre plus sur le vitiligo, vous pouvez consulter ce dossier de l’Inserm ainsi que le site de l’Association Française du Vitiligo.
Digital 📱
🔍 Enquête sur les Français et le numérique en santé, où en sommes-nous ?
La Délégation au numérique en santé (DNS), en collaboration avec Verian (ex Kantar Public) et Harris Interactive, a conduit une enquête exhaustive intitulée « Les Français et le numérique en santé » afin de mieux comprendre les habitudes et les réticences des Français à l'égard du numérique en santé. Cette enquête, réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 2 032 Français, révèle une utilisation croissante et généralisée des services numériques liés à la santé.
En effet, 90 % des Français ont déjà eu recours à au moins un outil ou service numérique en santé, tels que la prise de rendez-vous en ligne, la récupération de documents médicaux ou encore la téléconsultation. Parmi les principaux avantages perçus, la coordination améliorée du parcours médical (74%) et la facilitation des démarches administratives (72%) sont citées par une grande majorité des sondés.
Cependant, malgré cette utilisation croissante, des inquiétudes persistent, notamment concernant la risque de déshumanisation des soins et l'accès équitable à tous les services de santé. Les données de santé suscitent également des préoccupations, avec 86 % des Français considérant leurs données de santé comme particulièrement sensibles et 78 % craignant qu'elles ne soient utilisées à des fins commerciales ou piratées. De plus, seulement 64 % estiment que leurs données de santé sont bien protégées.
En ce qui concerne Mon Espace Santé, le service public permettant de gérer et partager les documents de santé en toute confidentialité, l'enquête révèle que 82 % des Français en ont connaissance et que la moitié d'entre eux l'a déjà utilisé. Bien que perçu comme prometteur, certains Français restent réticents, avec 11 % n'ayant pas encore expérimenté le service. Cependant, une majorité serait prête à l'utiliser sur recommandation de leur médecin (57%), ce qui démontre un intérêt croissant pour cette solution.
Vous pouvez consulter les résultats de l’enquête sur le site esante.gouv.fr.
Nous arrivons à la fin de cette 9ème édition, merci de m’avoir accordé un peu de votre temps pour parcourir l'actualité médicale. N'hésitez pas à partager la newsletter avec vos collègues ou vos proches pour m’aider à développer Prescription.
Prenez soin de vous et je vous dis à très vite pour le prochain numéro,
Mathieu
