Kessel

⚕️Prescription N°13 - Les premières actualités santé d'Avril !

Dans cette 13ème édition, on parle : de la proposition de loi sur l'interdiction des PFAS, d'un test sanguin capable d'aider au diagnostic des troubles bipolaires, des premières images de l'IRM le plus puissant du monde, des vidéos du premier patient ayant l'implant cérébral de Neuralink... et d'autres sujets à découvrir !

Prescription
6 min ⋅ 05/04/2024

Bonjour,

Pour ceux qui découvrent Prescription, je suis Mathieu Barbanson, un pharmacien passionné par les sujets de santé public et d’innovation en santé. Mon objectif est de vous partager les dernières actualités françaises en vous les rassemblant sous un format de newsletter simple et accessible à tous, que vous soyez professionnels de santé, patients ou tout simplement curieux.

Nous entamons un mois d’Avril qui s’annonce une nouvelle fois dense en actualité, que ce soit sur le plan réglementaire, prévention, innovation ou encore digital.

Commençons sans plus attendre à découvrir les dernières actualités de santé, avec un focus particulier côté innovation !


Politique Santé⚕️

🏛️ Adoption par les députés de la proposition de loi contre les PFAS

La proposition de loi des députés écologistes visant à restreindre la propagation des "polluants éternels", adoptée en première lecture par l'Assemblée nationale le jeudi 4 avril, cible les per- et polyfluoroalkylés (PFAS). Ces substances, présentes en masse dans la vie quotidienne, sont ainsi désignées en raison de leur longue durée de vie dans l'environnement, en particulier dans l'eau et le sol, et de leur effet néfaste sur la santé.

Malgré les réserves exprimées par le gouvernement sur plusieurs aspects, cette proposition de loi a été adoptée à l'unanimité, avec 186 voix pour aucune contre. Bien que tous les députés des Républicains et du Rassemblement national présents se soient abstenus (27 abstentions au total), selon le site de l'Assemblée, le texte doit désormais être examiné par le Sénat.

Le dispositif principal de cette loi vise à interdire, à partir du 1er janvier 2026, la fabrication, l'importation et la vente de produits cosmétiques, de fart pour skis et de textiles contenant des PFAS.

Initialement, les ustensiles de cuisine tels que les poêles antiadhésives étaient inclus dans la proposition de loi, mais ils ont finalement été exclus, en partie en réponse aux manifestations des employés du groupe SEB, dont les emplois étaient menacés en raison de la présence de PFAS dans leurs produits. Nicolas Thierry, député écologiste et rapporteur de la proposition de loi, a regretté après l'adoption du texte révisé que "le lobbying flagrant d'un industriel ait pu influencer certains députés". Malgré cela, il a salué cette avancée comme étant une première étape significative.

Les PFAS sont des composés chimiques issus de l'industrie chimique comprenant plus de 4 700 produits chimiques qui s'accumulent progressivement dans l'organisme humain et dans l'environnement. Leur persistance leur vaut le surnom de "produits chimiques éternels", en raison de leur durabilité extrême. Ces substances peuvent entraîner divers problèmes de santé, notamment des troubles hépatiques, des affections thyroïdiennes, l'obésité, des problèmes de fertilité et des cancers. Elles sont présentes dans de nombreux objets de la vie quotidienne tels que les plastiques, les textiles, les revêtements, les peintures, les médicaments, les pesticides, etc.

Vous pouvez en apprendre plus au sujet des PFAS dans cette vidéo explicative d’HugoDécrypte.

Manifestation des effets néfastes des PFAS sur le corps humainManifestation des effets néfastes des PFAS sur le corps humain


Recherche, Innovation et évolution des pratiques 🔬

🧠 La bipolarité désormais diagnosticable par un test sanguin

La journée mondiale des troubles bipolaires, qui a eu lieu le 30 mars, met en lumière une maladie touchant plus de 1,5 million de personnes en France. Une avancée significative va pouvoir faciliter le diagnostic de cette condition : un test sanguin nommé EDIT-B, offrant une précision de plus de 80%, est commercialisé par le laboratoire Alcediag. L’objectif de ce test est d’améliorer le diagnostic en évitant les confusions fréquentes entre la bipolarité et la dépression, dont les symptômes peuvent être similaires.

Disponible sur le marché français à partir du 1er avril, le test nécessite une prescription médicale d’un psychiatre mais ne bénéficie pas du remboursement par la Sécurité sociale. Alexandra Prieux, présidente d'Alcediag, a précisé que les démarches d’accès au remboursement sont en cours mais elle estime que cela prendra encore “2 à 3 ans” avant que les patients puissent en bénéficier. Actuellement, le test est réalisable dans tous les laboratoires d'analyse SYNLAB et coûte 899 euros, qui sont donc à la charge du patient.

Pour le test EDIT-B, le diagnostic des troubles bipolaires chez le patient repose sur la détection de 8 ARN présent dans le sang. Ces séquences de matériel génétique, produites à partir de l'ADN, révèlent des altérations spécifiques des séquences ADN chez les patients bipolaires. Ainsi au niveau du fonctionnement du test, il suffit de réaliser une prise de sang standard pendant une phase dépressive, durant laquelle les ARN recherchés sont produits. Ensuite, un délai d'un mois est nécessaire pour effectuer les analyses avec notamment l’aide d’une intelligence artificielle.

Bien que cette innovation soit prometteuse, certains professionnels de santé, comme Boris Chaumette, psychiatre et chercheur à l'Inserm, appellent à la prudence : “Si on regarde ce qui se fait par des échelles cliniques - donc on pose des questions aux patients - on est à peu près dans le même taux de succès. On ne voit donc pas très bien comment ce test-là va aider au diagnostic supplémentaire”. Même si le taux de succès du diagnostic sont équivalents, il faut voir que le test offrira une indication supplémentaire aux professionnels de santé et permettra une accélération du diagnostic des troubles bipolaires pour certains patients sachant qu’actuellement le retard moyen de diagnostic est estimé à 10 ans en France, d’après la Haute Autorité de Santé (HAS). Ce gain de temps permettra notamment d’améliorer la prise en charge des patients en prescrivant les traitements appropriés afin de stabiliser leur trouble bipolaire.

De manière similaire, Alcediag a déjà repéré des ARN altérés spécifiques de la schizophrénie, et même des pensées suicidaires donc affaire à suivre ! Plus d’informations à ce sujet dans ces articles de francetvinfo.fr et du magazine Sciences et Avenir.

🏆🧠 Iseult, l’IRM le plus puissant au monde

Le 2 avril, le CEA a présenté au monde entier une série d’images cérébrales obtenues grâce au scanner IRM Iseult, doté d’un champ magnétique inégalé de 11,7 teslas. Ce jalon marque la réalisation de plus de 20 années de recherche et développement autour du projet Iseult, visant à construire le scanner IRM le plus puissant au monde. L'objectif était de permettre une imagerie du cerveau humain, qu'il soit sain ou pathologique, à une résolution inégalée, afin de découvrir de nouveaux détails sur son anatomie, ses connexions et son activité. Ce projet a réuni des partenaires industriels et académiques tels qu'Alstom (devenu GE), Siemens Healthineers, Guerbet et l’université de Fribourg.

Les premiers résultats ont été époustouflants : certaines des plus belles images anatomiques du cerveau ont été acquises en seulement quatre minutes sur des volontaires participant au premier protocole mené sur l'IRM Iseult installé au CEA (images de l’IRM disponibles ci-dessous). Avec un champ magnétique de 11,7 teslas, cet appareil est le plus puissant au monde. La résolution des images est déjà remarquable pour un temps d'acquisition si court : 0,2 mm dans le plan et 1 mm en profondeur, équivalant à un volume représentant seulement quelques milliers de neurones. Comparativement, un IRM hospitalier (1,5 ou 3 teslas) nécessiterait plusieurs heures pour obtenir un résultat similaire, ce qui serait peu pratique pour le patient en raison de ses mouvements susceptibles de perturber l'image.

Images de cerveau humain en fonction de la puissance du scanner IRM pour un temps d'acquisition similaire (CEA)Images de cerveau humain en fonction de la puissance du scanner IRM pour un temps d'acquisition similaire (CEA)

En atteignant de telles résolutions, des informations sur les neurones jusqu'ici inaccessibles seront désormais accessibles. Ces détails auront des applications majeures en recherche médicale : d'une part, en contribuant à un meilleur diagnostic et à une meilleure prise en charge des maladies neurodégénératives telles que la maladie d'Alzheimer ou de Parkinson, grâce à des informations anatomiques ultra-précises. D'autre part, l'IRM Iseult facilitera la détection de signaux faibles, peu exploités à bas champ, tels que ceux du lithium, médicament utilisé pour traiter les troubles bipolaires, ou ceux de petites molécules impliquées dans le métabolisme cérébral, comme le glucose et le glutamate, ce qui aidera à caractériser de nombreuses pathologies cérébrales telles que les gliomes ou les neurodégénérescences.

Voici les mots de Nicolas Boulant, responsable du projet Iseult et directeur de recherche au CEA, à ce sujet :

“Avec Iseult, c’est un monde inconnu qui s’ouvre devant nous et nous avons hâte de l’explorer. Plusieurs années de recherche vont être encore nécessaires pour développer et améliorer nos méthodes d’acquisition et garantir des données de la meilleure qualité possible. C’est à l’horizon 2026-2030 qu’on cherchera à explorer certaines pathologies neurodégénératives, mais aussi des maladies qui relèvent davantage de la psychiatrie, comme la schizophrénie ou les troubles bipolaires. Sans oublier les sciences cognitives !”

💻🧠 Un homme tétraplégique capable de contrôler un ordinateur grâce à un implant cérébral ?

Le 30 janvier dernier, Elon Musk avait révélé une avancée majeure de Neuralink, la start-up dont il est cofondateur : la pose réussie de son implant cérébral sur un premier patient. Après des essais sur des porcs puis des primates, l’autorisation de mener des essais sur l’homme a été accordée en mai 2023 par la Food and Drug Administration (FDA), après un premier refus.

Fondée en 2016, Neuralink s'inscrit dans la lignée des entreprises développant des interfaces cerveau-ordinateur (ICO) ou des interfaces cerveau-machine (ICM). Le dispositif, baptisé "Telepathy", est une puce de la taille d'une pièce de deux euros. Implantée chirurgicalement à l'aide d'un robot, elle cible la région du cerveau contrôlant les mouvements intentionnels, offrant la possibilité de contrôler un curseur ou un clavier d'ordinateur par la pensée. À long terme, Neuralink vise à aider les personnes lourdement handicapées à contrôler des appareils tels qu’un ordinateur, un bras robotique ou un fauteuil roulant, uniquement par l'activité cérébrale.

Le premier patient, Noland Arbaugh, 29 ans, tétraplégique à la suite d’un accident de voiture, a été implanté avec succès. Un mois après l'intervention, Musk a annoncé que le patient était déjà capable de déplacer la souris de l'ordinateur par la pensée. Des vidéos publiées par Neuralink sur YouTube et X les 20 et 21 mars montrent Noland en train de jouer aux échecs et à des jeux vidéo comme "Civilization" ou "Mario Kart".

Si la puce "Telepathy" de Neuralink ouvre des perspectives prometteuses pour les personnes tétraplégiques, elle soulève également d'importantes questions éthiques. Elon Musk a exprimé son intention d'implanter cette puce chez des personnes en bonne santé pour augmenter les capacités humaines et créer des "humains augmentés". Par ailleurs, les méthodes de recherche de Neuralink, notamment le manque de transparence sur les études cliniques et les allégations de maltraitance animale, suscitent des préoccupations éthiques.

Plus d’informations à ce sujet dans cet article de National Geographic.

📦💊 Une première technologie issue du Forfait Innovation remboursée par l’Assurance maladie

Le 15 février dernier, l’Assurance maladie a dévoilé la première technologie à bénéficier du forfait innovation : le test METAglut1. Ce test vise à détecter l'encéphalopathie par déficit de transporteur en glucose de type 1, également connue sous le nom de “maladie de Vivo”. Bien que moins d’une centaine de patients aient reçu ce diagnostic en France, il est probable que plusieurs centaines de personnes soient touchées par cette maladie. Ce test, développé par le laboratoire Metafora Biosystems, offre l'avantage d'être réalisé à partir d'une simple prise de sang, ce qui peut parfois remplacer la méthode plus invasive utilisée jusqu'à présent, la glycorachie.

Le chemin parcouru par le test METAglut1, depuis son statut d'innovation jusqu'à son remboursement par l’Assurance maladie, s'est étendu sur un peu plus de 6 ans. Ses performances diagnostiques se sont avérées satisfaisantes, avec seulement 6% de différence par rapport à la glycorachie. Après avoir soumis sa demande d'adhésion au forfait innovation en novembre 2017, le laboratoire a reçu un avis favorable de la HAS concernant le remboursement par l’Assurance maladie le 30 mars 2023, avant que celui-ci ne soit approuvé le 15 février dernier. Ainsi, le test METAglut1 devient la première technologie à être remboursée dans le cadre du forfait innovation, mis en place en 2009 et opérationnel depuis 2015.

Le dispositif demeure relativement peu connu, avec seulement une cinquantaine de demandes enregistrées auprès de la HAS depuis sa création. Il offre une opportunité significative puisque contrairement aux essais cliniques standards, où seuls les patients participant à l'étude peuvent accéder au traitement, le forfait innovation permet à tous les patients, même ceux qui ne font pas partie de l'essai clinique, de bénéficier de l'expérimentation.

Plus d’informations à ce sujet dans cet article d’Egora.


Prévention 🚨

🦠 Toujours pas d’accord international entre les pays membres de l’OMS autour de la prévention des pandémies

Les pays membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont mené des discussions intenses pendant deux ans, débutées en février 2022, dans le but de conclure un accord international visant à mieux préparer le monde à une éventuelle pandémie. Cependant, le neuvième et dernier cycle de négociations, ouvert le 18 mars, s’est terminé jeudi 28 mars sans parvenir à un texte définitif. Les discussions reprendront en mai.

Les 194 pays réunis au sein de l’OMS ont exprimé la volonté d’élaborer un texte contraignant afin d'éviter de reproduire les erreurs fatales et coûteuses commises lors de la gestion désastreuse de la pandémie de Covid-19. Celle-ci a mis en lumière l’impréparation mondiale face à une crise d'une telle ampleur.

Les principaux points encore en discussion portent notamment sur l’accès aux agents pathogènes émergents, l'amélioration de la prévention et de la surveillance des épidémies, la garantie d'un financement fiable et le transfert de technologie vers les pays les plus démunis. Les pays européens souhaitent davantage d'investissements dans la prévention, tandis que les pays africains, largement négligés lors de la pandémie de Covid-19, réclament non seulement un accès adéquat aux tests, aux vaccins et aux traitements, mais aussi un partage équitable des connaissances et des financements. De leur côté, les États-Unis exigent une transparence accrue et un partage rapide des données en cas d’émergence de maladies inconnues.

Les discussions sont d’autant plus complexes que les membres de l’OMS ont l'habitude de parvenir à des accords par consensus, une procédure qui prend généralement de nombreuses années, en recherchant des compromis. Malgré cela, l'espoir de parvenir à un accord n'est pas entièrement perdu, et les pays doivent décider s'ils prolongent les négociations du 29 avril au 10 mai.

Plus d’informations à ce sujets dans ces articles de l’OMS et du journal Le Monde.


Nous arrivons à la fin de cette 13ème édition, merci de m’avoir accordé un peu de votre temps pour parcourir l'actualité médicale. N'hésitez pas à partager la newsletter avec vos collègues ou vos proches pour m’aider à développer Prescription.

Exceptionnellement, le numéro 14 de Prescription sortira dans 1 mois.

Prenez soin de vous et je vous dis à très vite pour le prochain numéro,

Mathieu

Prescription

Par Mathieu Barbanson

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