Bonjour,
Le début de cette année est caractérisé par de multiples annonces relatives aux projets à venir dans le secteur de la santé en France. Cette dynamique s'intensifie avec l'installation d'un nouveau gouvernement et le changement de Ministre de la Santé, comme mentionné dans le numéro précédent de Prescription. Nous explorerons les différents chantiers qui animeront l'année 2024, accompagnés d'un programme dense incluant les dernières actualités sur les innovations médicales et les évolutions des pratiques des professionnels de santé. Ces avancées pourraient avoir un impact significatif sur la redéfinition des soins de santé dans les années à venir !
Pour ceux qui découvrent Prescription, je suis Mathieu Barbanson, un pharmacien passionné par les sujets de santé public et d’innovation en santé. Mon objectif est de vous partager les dernières actualités françaises en vous les rassemblant sous un format de newsletter simple et accessible à tous, que vous soyez professionnels de santé, patients ou tout simplement curieux.
Sans plus tarder, découvrons les actualités de la semaine !
Politique Santé⚕️
📢 Rappels des mesures entrées en vigueur et annonces des projets pour 2024
Nous l’avions abordé lors de la présentation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2024, revenons brièvement sur les mesures qui sont effectives depuis ce 1er janvier 2024 :
“Mon bilan prévention” : Médecins, sages-femmes, pharmaciens et infirmiers pourront vous proposer des bilans de prévention entièrement remboursés par l’Assurance maladie. Ce dispositif préventif a pour but de sensibiliser et de nous rendre acteur de notre santé à différents âges clés de la vie : 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans.
Contraception gratuite : les jeunes âgés de moins de 26 ans peuvent désormais obtenir des préservatifs masculins et féminins gratuitement en pharmacie sur présentation de la carte vitale ou d’une attestation de droits, voire même d’une pièce identité.
Protection périodique : les jeunes âgées de moins de 26 ans et les bénéficiaires de la protection complémentaire santé solidaire (C2S) pourront bénéficier de la gratuité des protections périodiques réutilisables en pharmacie. La prise en charge est à hauteur de 100% pour les bénéficiaires de la C2S. Elle est à hauteur de 60% pour les personnes de moins de 26 ans. Les 40% restants sont dans la majorité des cas compensés par les organismes complémentaires.
Retrouvez l’ensemble des mesures de santé entrées en vigueur le 1er janvier 2024 ici.
Le Président de la République, Emmanuel Macron, a tenu une conférence de presse le 16 janvier dans laquelle il a évoqué plusieurs sujets plus ou moins reliés à la santé tels que :
La formation d’un groupe d’experts qui aura pour mission de dégager, d'ici le mois de mars, un consensus sur l'impact des écrans sur la santé physique et mentale des enfants et adolescents, tout en évaluant l'efficacité des dispositifs de contrôle actuellement en place en vue d’éventuelles mesures ;
L’annonce d’un plan de lutte contre l’infertilité et d’un congé de naissance qui viendra remplacer le congé parental existant, après que le bilan démographique 2023 de l’Insee est soulignée une diminution de 6,5% des naissances entre 2022 et 2023 en France (678 000 naissances en 2023, soit 48 000 de moins qu’en 2022).
Un début d’année riche en annonces, auxquelles vient s’ajouter la publication de la feuille de route du gouvernement ce lundi 22 janvier, promettant de nombreux changements à venir sur le plan de la santé.
Enfin, les Sages du Conseil constitutionnel ont rendu une décision significative le jeudi 25 janvier en rejetant une partie du projet de loi sur l'immigration. Après avoir examiné 49 articles sur les 86 initialement votés, l'institution a censuré partiellement ou totalement 35 articles, représentant ainsi plus d'un tiers du texte. Cette information revêt une importance particulière compte tenu des préoccupations et contestations exprimées par les professionnels de la santé, notamment en ce qui concerne l'Aide Médicale d'État (AME). Il est à noter que la mesure du Sénat qui visait à transformer l'AME en une aide médicale d'urgence ne sera pas intégrée dans la version finale du texte adopté.
🧾💸 Vers le doublement des franchises médicales ?
Le ministère du travail, de la santé et des solidarités a annoncé ce lundi 22 janvier que le gouvernement a entamé le processus de doublement des franchises médicales et des participations forfaitaires. Les nouveaux montants devraient prendre effet fin mars pour les franchises et début juin pour les participations forfaitaires.
Concrètement, les franchises seront doublées, atteignant 1 euro pour les boîtes de médicaments et les actes paramédicaux. Concernant les participations forfaitaires, le montant passerait à 2 euros pour les actes et les consultations des médecins, les examens et les analyses de biologie médicale, et à 4 euros pour les transports sanitaires.
Le ministère a rappelé que les franchises et les participations forfaitaires ne sont pas applicables aux :
Mineurs ;
Femmes qui bénéficient de l’assurance maternité ;
Et bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire.
Le plafond annuel fixé à 50 euros pour les personnes affectées par une pathologie lourde serait lui maintenu.
Cette mesure, discutée depuis l'automne et soutenue par Emmanuel Macron, vise à "responsabiliser le patient" face à l'augmentation des dépenses de santé et devrait permettre de libérer 800 millions d'euros selon les estimations du gouvernement.
Cependant, elle fait l’objet de vives critiques de la part des oppositions et des associations de patients qui y voient une "culpabilisation des patients" en laissant sous-entendre qu'il y aurait une "surconsommation" des soins de santé, et préconise plutôt à la "responsabilisation des prescripteurs" comme l'a mentionné Gérard Raymond. Le président de France Assos Santé ajoute à ses propos qu'il faudrait plutôt "privilégier l'éducation à la santé et la prévention pour que chaque citoyen prenne conscience que ce système de santé est généreux et qu'il ne faut pas en abuser mais simplement en user".
Recherche, Innovation et évolution des pratiques 🔬
🧪 Un test salivaire capable de diagnostiquer l’endométriose ?
L'endométriose affecte près de deux millions de femmes adultes en France, soit environ une sur dix. Cette pathologie gynécologique chronique se caractérise par la croissance de la muqueuse interne utérine, appelée endomètre, en dehors de l'utérus, pouvant toucher divers organes tels que les ovaires, la vessie, le rectum, ou le péritoine (voir l’infographie réalisée par sante.gouv.fr). Au cours des cycles menstruels suivants, cette muqueuse va réagir aux fluctuations hormonales. Les symptômes incluent des douleurs chroniques dans le bas-ventre et d'autres manifestations fonctionnelles en fonction de la localisation, pouvant affecter la fertilité. Cependant, le diagnostic de cette maladie demeure complexe, et en moyenne, il faut sept ans pour qu'il soit établi.
Qu'est-ce que l'endométriose ? (Infographie de santé.gouv.fr)
Consciente de cette problématique, la Haute Autorité de Santé (HAS) s'est auto-saisie le 8 janvier pour explorer la possibilité de rembourser un test salivaire, appelé "Endotest", développé par la biotech lyonnaise Ziwig, visant à détecter l'endométriose chez les femmes.
Ce test qui permet la détection de biomarqueurs de l’endométriose dans la salive est combiné à un séquençage à haut débit et à l’emploi d’une l'intelligence artificielle en laboratoire spécialisé, offrant finalement un diagnostic fiable à 95% en quelques jours (95% de sensibilité et 94% de spécificité). Destiné aux femmes chez qui les examens cliniques ou l'imagerie médicale n'expliquent pas les douleurs persistantes, l'Endotest est envisagé en 3ème intention par la HAS afin de constituer une alternative avant la cœlioscopie qui est un examen invasif et comportant des risques.
Bien que le remboursement généralisé ne soit pas encore envisagé pour l’Endotest, en raison de la complexité et du coût pratique, la HAS propose actuellement un accès précoce via le "forfait innovation". Si cette recommandation est suivie par le gouvernement, les femmes de plus de 18 ans, suspectées d'endométriose, pourraient bénéficier gratuitement du test, sous réserve que cela contribue à faire progresser de nouvelles études cliniques avant toute décision de prise en charge généralisée par la Sécurité sociale.
🖨️ Une technique mise au point pour réaliser des impressions 3D directement dans le corps ?
Depuis maintenant plusieurs années, l’impression 3D s’est développée et démocratisée dans le domaine industriel où l’on s’en sert pour la fabrication de prototypes et de composants électroniques notamment. Pour rappel, le principe consiste à donner forme à un modèle en volume réalisé par informatique avec une grande précision en utilisant une technique qui permet de solidifier des résines grâce à des faisceaux lumineux. L’impression 3D est également employée dans le domaine médical pour réaliser des implants et des prothèses majoritairement.
Mais cela pourrait bien changer ! Xiao Kuang, chercheur à la Harvard Medical School et au Brigham and Women’s Hospital, et son équipe d’ingénierie biomédicale des universités Duke et Caltech aux Etats-Unis ont développé une encre biocompatible pouvant être solidifiée par polymérisation à l’aide d’ultrasons (“sono-encre”). Cette innovation est une adaptation de la technique d’impression 3D qui permet d’envisager des impressions au travers des couches de tissus du corps humain à distance (voir infographie détaillant le processus ci-dessous partagée par Le Monde), puisque les ultrasons sont capables de traverser le corps contrairement aux faisceaux lumineux. La méthode a été testée en laboratoire dans des solutions aqueuses au travers de tissus biologiques ex vivo, et les faisceaux d’ultrasons en question sont les mêmes que ceux utilisés lors d’échographie.
Principe de fonctionnement de l'impression 3D par ultrason pour un usage chez l'Homme
Publiée dans la revue Science le 8 décembre, l'étude montre que cette technologie offre une vitesse d'impression volumétrique supérieure et un rendu plus régulier que les imprimantes 3D classiques qui construisent les objets couche par couche. Bien que cette preuve de concept nécessite d'autres expérimentations avant son application en médecine, elle ouvre la voie à la possibilité de remplacer certains actes chirurgicaux par des interventions moins invasives (régénération osseuse et intervention sur valves cardiaques).
👩🔬 Autorisation de pratiquer l’IVG instrumentale pour les sages-femmes
Le 17 décembre 2023, un décret publié au Journal officiel a élargi les compétences des sages-femmes, leur permettant désormais de réaliser l’interruption volontaire de grossesse (IVG) instrumentale en établissement de santé sans l'intervention d'un médecin (qui jusqu’ici étaient les seuls à pouvoir la pratiquer). Cette extension s'ajoute à la possibilité déjà accordée depuis janvier 2016 aux sages-femmes de pratiquer l'IVG médicamenteuse.
Les conditions requises pour la pratique de l'IVG instrumentale incluent :
Une formation théorique en orthogénie ou une expérience professionnelle significative ;
Une formation pratique comprenant l'observation d'au moins 10 actes d'IVG par méthode instrumentale ;
La réalisation, sous supervision, d'au moins 30 actes d’IVG instrumentale.
Ces interventions auront lieu exclusivement dans des établissements de santé tels que des hôpitaux et des cliniques. Il est à noter que l’IVG instrumentale est une technique chirurgicale qui peut être réalisée jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse (depuis mars 2022), soit 16 semaines d’aménorrhée.
Digital 📱
💊 Posos fait un pas de géant dans l’aide à la prescription de médicaments
Entre 2007 et 2018, le taux d'hospitalisations liées à des effets indésirables médicamenteux a augmenté de manière alarmante, passant de 3,6 % à 8,5 %, soit une hausse de 136 %, avec la possibilité d'éviter 16 % de ces accidents (étude IATROSTAT 2022, ANSM). Face à cette urgence, l'Association du Bon Usage des Médicaments a émis 10 recommandations visant à réduire le risque iatrogénique. Une de ces recommandations est sur le point d'être adressée grâce à la MedTech française Posos qui a obtenu l'agrément de la Haute Autorité de Santé pour sa Posos Medical Database après trois ans de développement.
Cette base de données médicamenteuse, approuvée par la HAS, vise à assister les professionnels de santé dans leurs prescriptions en permettant la recherche de médicaments appropriés, la découverte d'alternatives thérapeutiques, et la recommandation de posologies adaptées aux patients. Comme précisé par Emmanuel Bilbault, cofondateur (avec Benjamin Grelié) et directeur général de Posos : « En France, un logiciel médical ne peut fonctionner qu'avec une base de données du médicament et pour obtenir ce statut, il faut passer l'agrément ». Posos réalise un accomplissement notable puisqu'aucun acteur n'avait reçu d'agrément de la HAS depuis 20 ans et l'entreprise va ainsi pouvoir se tourner, en France et à l’international, vers les éditeurs de logiciels médicaux avec l'ambition de devenir leur principal fournisseur de données.
Pour se distinguer, la start-up mise sur une innovation de sa base de données médicamenteuse qui est la seule entièrement encodée en terminologies internationales - SNOMED, CIM-10, MedDRA, ATC - et disponible via des interfaces applicatives (APIs) respectant les protocoles standards d'interopérabilité, lui permettant d’être facilement intégrée aux logiciels médicaux y compris à l'international. Résultat : la base de données médicamenteuse de Posos encode plus de 20 millions de fichiers issus de 220 sources médicales différentes avec la capacité de prendre en compte le contexte de chaque document grâce à l’intelligence artificielle. Pour autant, l'humain reste dans la boucle : avant d'être validées, les traductions de l'IA passent tout de même par deux vérifications successives, effectuées par des pharmaciens.
Grâce à ses caractéristiques, la Posos Medical Database s'affirme comme la première base de données mondiale, apte à être utilisée par l'ensemble de l'industrie du logiciel de santé. Actuellement, un acteur traditionnel est contraint de réajuster entièrement sa base de données lorsqu'il souhaite s'implanter dans un nouveau pays. Ce mode de fonctionnement conduit souvent à une extrême diversité des éditeurs de logiciels de santé d'un pays à l'autre. Cependant, grâce à la solution innovante de Posos, cette contrainte ne sera plus nécessaire.
Le grand moment est enfin arrivé pour Posos, qui va enfin pouvoir adresser son marché, 7 ans après sa création. Les éditeurs de logiciels pourront souscrire à un abonnement pour accéder à la base de données ou opter pour des modules clés en main proposés par Posos, offrant des fonctionnalités telles que la lecture des ordonnances à partir d'une photo et l'édition automatique des prescriptions renouvelées. Ce modèle modulaire pourrait transformer le marché en offrant des applications spécialisées aux éditeurs de logiciels de santé, promettant gain de temps et réduction des risques d'erreur.
Retrouvez le passage d’Emmanuel Bilbault, cofondateur et directeur général de Posos, sur BFMTV pour faire l’annonce de l’agrément de la HAS pour la Posos Medical Database. Découvrez plus en détails leurs solutions directement sur le site internet de Posos.
C’est la fin de ce 8ème numéro (déjà !), merci de m’avoir accordé un peu de votre temps pour parcourir l'actualité médicale. J’espère que vous prenez autant de plaisir que moi à découvrir les dernières avancées, innovations et débats qui façonnent le paysage de la santé.
Restez informés, restez engagés, et surtout, prenez soin de vous !
A très vite dans la prochaine édition de "Prescription",
Mathieu
