Bonjour,
Pour ceux qui découvrent Prescription, je suis Mathieu Barbanson, un pharmacien passionné par les sujets de santé public et d’innovation en santé. Mon objectif est de vous partager les dernières actualités françaises en vous les rassemblant sous un format de newsletter simple et accessible à tous, que vous soyez professionnels de santé, patients ou tout simplement curieux.
Nous poursuivons ce mois de Mars avec des actualités toujours plus variées, que ce soit sur le plan réglementaire, prévention, innovation ou encore digital.
Commençons sans plus attendre à les découvrir !
Politique Santé⚕️
🏛️🧓💊 “Aide à mourir”, un autre grand débat à venir
Emmanuel Macron a largement exposé les contours du futur projet de loi sur la création d'une "aide à mourir" lors d'un entretien accordé à La Croix et à Libération, publié le 10 mars. Transmis au Conseil d'État le vendredi 15 mars, le projet de loi « relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie » détaille minutieusement les différentes étapes permettant d'accéder à une « aide à mourir ». L'objectif de cette proposition législative est d’aller au-delà des droits actuels des personnes malades et en fin de vie, actuellement régis par la loi Claeys-Léonetti de 2016.
L'Agence France-Presse s’est , le projet de loi énonce cinq conditions à cumuler simultanément pour pouvoir bénéficier de l'aide à mourir :
Être âgé d'au moins 18 ans ;
Être de nationalité française ou résider de manière stable et régulière en France ;
Être en mesure de manifester sa volonté de manière libre et éclairée ;
Être atteint d'une affection grave et incurable engageant son pronostic vital à court ou moyen terme ;
Présenter une souffrance physique ou psychologique réfractaire ou insupportable liée à cette affection.
Dans son interview, Emmanuel Macron soulignait que la décision finale face à la demande du patient sur l'aide à mourir devra être prise par une équipe médicale de manière collégiale et transparente. Cependant, le projet de loi stipule que l'accord donné pour l'aide à mourir sera pris par un seul professionnel de santé (celui à qui le patient aura adressé sa demande), qui pourra être le médecin traitant du patient, un spécialiste hospitalier, un praticien en milieu urbain ou en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).
Conformément au texte, l'aide à mourir consiste en l'administration d'une substance létale, réalisée par la personne elle-même ou, en cas d'incapacité physique, par un médecin, un infirmier ou une personne désignée par le patient.
Selon un sondage Ifop Fiducial pour Sud Radio, 82% des Français se déclarent favorables au projet de loi sur le droit à mourir.
Le projet de loi sera présenté en conseil des ministres en avril, avant de faire l'objet d'un examen parlementaire débutant le 27 mai à l'Assemblée nationale, et prévu pour durer plusieurs mois.
Recherche, Innovation et évolution des pratiques 🔬
🏥👨⚕️ Xénogreffe de rein sur un patient vivant, une première mondiale
Jeudi 21 mars, une étape majeure a été franchie dans la recherche de solutions à la pénurie persistante de dons d'organes. Pour la première fois, des chirurgiens ont effectué une transplantation rénale en greffant le rein d'un porc génétiquement modifié à un patient vivant, comme l'a annoncé le Massachusetts General Hospital de Boston.
Auparavant, des reins de porcs génétiquement modifiés avaient été transplantés sur des humains en état de mort cérébrale, avec succès. La première transplantation de ce type avait été réalisée en septembre 2021, cette première mondiale s’était déroulée avec succès à New York à l'hôpital NYU Langone. Cependant, des tentatives de greffe de cœur de porc sur des patients vivants s'étaient soldées par le décès des patients. Les modifications génétiques visent à réduire le risque de rejet de l'organe greffé.
Richard Slayman, le patient en question âgé de 62 ans et souffrant d'insuffisance rénale chronique, se remet favorablement de l'intervention. Cette transplantation représente une avancée significative dans le domaine des greffes d'organes, offrant un nouvel espoir pour des milliers de personnes en attente de greffe pour survivre. Le patient qui avait été averti des pours et des contres de la procédure au préalable a déclaré : "J'ai vu cela comme un moyen non seulement de m'aider moi, mais aussi de donner de l'espoir à des milliers de personnes qui ont besoin d'une greffe pour survivre”.
Aux États-Unis, plus de 100 000 personnes sont en attente d'une greffe d'organe, et le rein représente l’organe le plus recherché. Les progrès dans le domaine de la xénogreffe, qui consiste à transplanter des organes d'animaux sur des humains, offrent de nouvelles perspectives dans le domaine médical.
🧑💻 Une levée de fonds de 15 millions d’euros pour la start-up Cure51
Ces individus, qualifiés de « miraculés du cancer », ont défié les pronostics médicaux qui ne leur donnaient que quelques mois à vivre après leur diagnostic. Leur survie inattendue, face à des tumeurs considérées comme incurables (pancréas, du cancer du poumon à petites cellules et du glioblastome tout particulièrement), reste un cas rare - une poignée de personnes seulement à travers le monde. Cependant, ils pourraient détenir des informations cruciales, sans le savoir, pour faire avancer la recherche sur le cancer.
C’est le défi relevé par Cure51, une start-up parisienne qui a annoncé le mercredi 20 mars, avoir levé 15 millions d’euros. Créée en 2021 par Nicolas Wolikow (ancien d'Ipsen et fondateur de la plateforme de téléconsultation Qare) et Simon Istolainen (à l’origine de My Major Company), Cure51 s'est fixé comme objectif de décrypter les mécanismes de survie de ces patients atypiques, grâce à l'analyse de leurs données biologiques, pour développer de nouveaux traitements.
Pour concrétiser cette approche novatrice, Cure51 prévoit de créer la première base de données cliniques et moléculaires mondiale des miraculés du cancer. Dans cette optique, la start-up a établi des partenariats avec les principaux centres d'oncologie dans le monde, y compris l'institut Gustave Roussy et le Centre Léon-Bérard en France, l'hôpital de la Charité à Berlin et l’institut d'oncologie de Milan en Italie, et elle collabore avec une cinquantaine d’autres hôpitaux en France pour recueillir les données des 1 300 survivants identifiés à travers le globe.
Nicolas Wolikow et Simon Istolainen expliquent que cette levée de fonds leur permettra de « rassembler les données et construire la plateforme pour effectuer le séquençage moléculaire afin d’être en mesure de connecter et d'analyser les données des patients, d'identifier des signatures biologiques et de développer de nouveaux traitements ». Leur ambition n’est rien d’autre que de vaincre le cancer, a minima rendre gérable ces cancers au pronostic plus que défavorables comme on peut aujourd'hui gérer le Sida.
💊 Acquisition record d’Amolyt Pharma et Fusion Pharmaceuticals par AstraZeneca
Spécialisée dans les maladies endocriniennes et métaboliques rares, la startup française Amolyt Pharma vient d’être acquise par AstraZeneca pour plus d'1 milliard de dollars. Il s’agit d'une des acquisitions les plus importantes de l'histoire de la biotech française ! Il y a un peu plus d’un an, en Janvier 2023, Amolyt Pharma (anciennement Alizé Pharma III) avait déjà fait parlé d’elle en réalisant une levée de fonds de 130 millions d’euros, ce qui en avait fait la plus importante du secteur de la biotechnologie en 2023, la plaçant même parmi les dix principales levées de fonds en France, tous secteurs confondus. Suite à cette acquisition, Amolyt Pharma rejoindra Alexion Pharmaceuticals, la nouvelle filiale d'AstraZeneca spécialisée dans les maladies rares, en lui permettant d'élargir son portefeuille de médicaments dans le domaine de l'endocrinologie rare.
On doit la création d’Amolyt Pharma à Thierry Abribat, un entrepreneur qui n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il a déjà cédé deux sociétés, Alizé Pharma I & II, à des laboratoires américains. Amolyt Pharma s'est concentrée sur des maladies endocriniennes rares, en particulier l'hypoparathyroïdie avec l'ajout notable de l'eneboparatide (AZP-3601), un peptide thérapeutique expérimental doté d’un mécanisme d’action inédit actuellement en étude clinique de phase III. L’hypoparathyroïdie est caractérisée par des symptômes tels que la tétanie, la fatigue ou des douleurs osseuses et affecterait environ 115 000 personnes aux États-Unis et 107 000 en Europe. La biotech lyonnaise travaille également sur deux autres axes de recherche : l'acromégalie, une autre maladie endocrinienne, et une famille d'anticorps monoclonaux pour le traitement potentiel de l'hyperparathyroïdie.
En parallèle, AstraZeneca a également conclu un accord pour l'acquisition de Fusion Pharmaceuticals Inc, une société biopharmaceutique en phase clinique qui développe des radioconjugués de nouvelle génération (thérapies délivrant un isotope radioactif directement aux cellules cancéreuses grâce à un ciblage précis à l'aide de molécules telles que des anticorps, des peptides ou de petites molécules). Ces radioconjugués sont devenus une option prometteuse dans le traitement du cancer, offrant des avantages par rapport aux approches traditionnelles telles que la chimiothérapie et la radiothérapie avec notamment la minimisation des dommages causés aux cellules saines et la possibilité d'accéder à des tumeurs inaccessibles par rayonnement externe. Cette acquisition vient renforcer le portefeuille en oncologie d'AstraZeneca, en ajoutant le pipeline de radioconjugués de fusion comprenant leur programme le plus avancé, le FPI-2265, un nouveau traitement potentiel pour les patients atteints de cancer de la prostate métastatique résistant à la castration (mCRPC).
Prévention 🚨
🦠 Une recrudescence des cas de tuberculose en France ?
Une étude publiée par Santé publique France le 19 mars, seulement quelques jours avant la journée mondiale de lutte contre la tuberculose (24 mars), a montré un rebond des cas de tuberculose en 2023 après 3 années de baisse consécutives durant l'ère Covid-19.
En 2023, a marqué un changement de direction avec une augmentation de l'incidence de la maladie, avec 4 728 cas déclarés selon des données provisoires. Cette augmentation est probablement due à un rattrapage des cas diagnostiqués, selon les auteurs de l'étude, qui soulignent l'importance de maintenir la vigilance face à la tuberculose, étant donné la situation observée dans d'autres pays. A titre de comparaison, en 2019, année précédant la crise sanitaire, 5 114 cas de tuberculose avaient été recensés.
En France, où l'incidence est inférieure à 10 cas pour 100 000 habitants, la vaccination contre la tuberculose reste recommandée mais non obligatoire. Bien que récemment détrônée par le Covid-19 comme première cause de décès par infection dans le monde, la tuberculose reste un problème majeur malgré l'existence de vaccins et d'antibiotiques.
Malgré une baisse régulière des cas déclarés et des décès au cours des dernières décennies, l'étude note que des hausses occasionnelles et temporaires surviennent parfois, souvent liées à des événements extérieurs. Outre la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine a également eu un impact sur la situation de la tuberculose. La France a mis en place un dépistage actif de la maladie pour certains réfugiés en provenance d'Ukraine, l'un des pays ayant l'incidence la plus élevée de la maladie en Europe.
La tuberculose n’est pas la seule pathologie en recrudescence en France ou plus largement en Europe puisque des cas de gales, de syphilis et même de rougeoles ont été détectés à la hausse comme reporter dans ces articles du journal Le Parisien et de Santé publique France.
Digital 📱
🎉💻 Mon Espace Santé, les nouvelles fonctionnalités à venir
On commence à bien le connaître puisque l’on parle de Mon Espace Santé depuis maintenant plusieurs numéros. Le carnet de santé numérique personnel et sécurisé des Français, développé par l’Assurance maladie et le ministère de la Santé, est en pleine croissance (+300 000 nouveaux inscrits par mois et 11 millions d’utilisateurs) et va être enrichi avec de nouvelles fonctionnalités prochainement.
Cette plateforme en ligne vise à offrir un accès rapide et sécurisé à l'ensemble de vos informations médicales. À ce jour, vous pouvez retrouver dans les fonctionnalités accessibles sur Mon Espace Santé :
la gestion de votre profil médical, où vous pouvez détailler votre situation, y compris vos traitements en cours et antécédents médicaux ;
votre dossier médical partagé, comprenant des documents ajoutés par vous-même ou transmis par des professionnels ou établissements de santé ;
une messagerie sécurisée de santé pour échanger en toute confidentialité avec des professionnels de santé, en respectant le secret médical ;
un espace est disponible pour envoyer vos ordonnances à la pharmacie de votre choix, facilitant ainsi la préparation de vos médicaments avant votre venue pour les récupérer.
Parmi les nouvelles fonctionnalités qui vont venir s’ajouter il y a :
l’intégration d’un agenda santé, permettant de suivre l'historique de vos rendez-vous médicaux et de programmer les prochains soins ;
la réception d’alertes pour les rappels des programmes de dépistage organisé ou les dates de vaccination entre autres.
De plus, les messages de prévention personnalisés seront basés sur les informations médicales contenues dans votre compte Mon espace santé.
Plus d’informations à ce sujet sur le site service-public.fr.
Nous arrivons à la fin de cette 12ème édition, merci de m’avoir accordé un peu de votre temps pour parcourir l'actualité médicale. N'hésitez pas à partager la newsletter avec vos collègues ou vos proches pour m’aider à développer Prescription.
Prenez soin de vous et je vous dis à très vite pour le prochain numéro,
Mathieu
