Bonjour à tous,
Je suis Mathieu Barbanson, un pharmacien passionné par les sujets de santé public et d’innovations en santé et je suis depuis quelques mois installé aux Etats-Unis.
Ainsi je souhaite profiter de ce premier numéro de « Prescription » pour expliquer ce qui m’a motivé à créer cette newsletter. Depuis toujours je me suis montré très curieux envers le monde de la santé et son évolution. J’ai toujours été attaché au fait que les professionnels de santé doivent maintenir leur niveau de connaissances médicale et pharmaceutique à jour et, à travers cette newsletter, je souhaitais partager un peu de mes recherches afin de rester informé sur ce qu’il se passe en France sur le plan de la santé. L’objectif sera de partager des sujets qui pourront être très variés d’une semaine à l’autre au gré de mes lectures et de mes recherches. Je partagerai dans un premier temps sur une base bi-mensuelle avant d’envisager de le faire sur une fréquence hebdomadaire. Alors commençons !
Gros plan sur… la Pharmacie !⚕️
A l’occasion de la Journée mondiale des Pharmaciens (qui s’est tenue le 25 septembre) et étant pharmacien, je souhaitais faire un clin d’œil à ma formation en reprenant quelques actualités autour du métier du pharmacien et de l’évolution de son rôle au sein du système de soin en France.
Depuis la crise sanitaire mondiale liée à la COVID-19, les missions du pharmacien n’ont cessé d’évoluer. Son rôle central dans le système de soin l’a mené à prendre des responsabilités croissantes ces dernières années ; notamment via son implication dans les bilans de médications et les entretiens pharmaceutiques (2018) puis dans les campagnes de vaccination contre la grippe (depuis la campagne 2018-2019 dans toute la France), contre le Covid (Mars 2021) et enfin élargies à tous les vaccins (Novembre 2022).
💊 Ouverture à la prescription de vaccins par le pharmacien pour les personnes âgées de plus de 11 ans
Une nouvelle marche vient d’être franchie suite à un décret paru dans le Journal officiel du 9 août 2023, les pharmaciens sont désormais autorisés à prescrire les vaccins mentionnés dans le calendrier de vaccination en plus de pouvoir les administrer. Cette autorisation est restreinte aux populations âgées d’au moins 11 ans, et exclue les patients immunodéprimés comme relaté par service.public.fr.
Voici la liste des vaccins concernés :
la Covid-19,
la grippe,
la diphtérie,
le tétanos,
la poliomyélite,
la coqueluche,
le papillomavirus humains (HPV),
les hépatite A et B,
les méningocoques de type A, B, C,Y et W,
le pneumocoque,
la rage.
💊 Accès aux antibiotiques sur prescription du pharmacien
Comme annoncé par la Première ministre Élisabeth Borne, le pharmacien devrait hériter d’une nouvelle pratique visant à désengorger les cabinets de médecins : la prescription d’antibiotiques pour les patients atteints d’une cystite ou d’une angine, comme rapporté par BFMTV. Cette prescription se ferait évidemment sous certaines conditions ; avec la réalisation au préalable d’un test rapide d’orientation diagnostique (TROD) afin de confirmer l’origine bactérienne ou virale des infections, et se limiterait à la prescription d’antibiotiques spécifiques pour chaque infection, la fosfomycine dans le cadre d’une cystite et l’amoxicilline dans le cas d’une angine.
Les détails concernant cette nouvelle compétence à destination du pharmacien devraient être éclaircis dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) qui se vote en ce mois de septembre.
💊 Numerus apertus non atteint pour la seconde année consécutive en Pharmacie
Enfin dernière actualité cette fois un peu plus inquiétante autour des études de Pharmacie, puisque ce sont 1100 places d’admission en deuxième année de Pharmacie qui resteront non pourvues à l’issue de l’année universitaire 2022-2023. C’est un nombre considérable de potentiels pharmaciens qui ne seront pas diplômés dans les prochaines années, alors que la situation est déjà tendue au niveau du personnel au niveau du secteur officinal notamment.
Depuis la réforme du 1er cycle des études de santé et l’instauration du numerus apertus, il s’agit de la seconde année consécutive où le nombre d’étudiants attendus en deuxième année de Pharmacie n’est pas atteint. Lors de l’année 2021-2022, 163 places étaient restées vacantes d’après lepharmacien.fr.
Pour en savoir plus sur le numerus apertus et sur le nombre de places ouvertes en santé pour l’année scolaire 2023-2024, vous pouvez consulter ces articles de l’Etudiant et du Figaro.
Recherche & Innovation 🔬
💊 Beyfortus, un nouveau traitement contre la bronchiolite
Un nouveau traitement, nommé Beyfortus (nirsévimab), vient d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché de l’Agence Européenne du Médicament (EMA) le 15 septembre 2023 contre le virus respiratoire syncitial (VRS) chez le nourrisson. Mis au point par Sanofi (en partenariat avec AstraZeneca), il s’agira du premier traitement qui pourra être administré à toutes les populations de nourrissons. En effet, AstraZeneca avait sorti un premier traitement contre le VRS (Synagis, palivizumab), mais seulement destiné aux prématurés et aux bébés à risque. Dans un premier temps, Beyfortus ne sera accessible que pour les maternités et les hôpitaux suite aux annonces du ministère de la santé.
Pour rappel la bronchiolite, causée par le VRS, est une infection respiratoire touchant les nourrissons au niveau des petites bronches. Cette infection, dont la période d’épidémie court du mois d’octobre jusqu’à la fin de l’hiver, touche chaque année environ 500 000 bébés en France et peut prendre formes graves (gêne et/ou apnée respiratoire, perte de poids et déshydratation) menant chaque année à de nombreuses hospitalisations (plus de 26 000 sur la saison 2022-2023 en France). Le VRS touche également l’adulte mais ne se manifeste que sous la forme de rhume en général.
Prévention 🚨
🔞 “C’est la base”, la nouvelle campagne de prévention contre les risques liés à la consommation d’alcool chez les jeunes de 17-25 ans
Au cœur du mois de septembre, dans un contexte de rentrée scolaire qui est souvent synonyme de retour des fêtes étudiantes, Santé publique France a déployé la campagne « C’est la base » qui a pour cible les jeunes de 17-25 ans afin de les mettre en garde contre les risques de consommation excessive d’alcool et de drogues. La campagne durera du 25 septembre jusqu’au 8 novembre prochain, et relaiera les 8 messages suivants :
« Ne pas insister si tes potes ne veulent pas consommer, c’est la base »
« Motiver ses potes à moins consommer, c’est la base »
« Garder un œil sur tes potes en soirée, c’est la base »
« Raccompagner tes potes s’ils ont trop bu, c’est la base »
« Penser à manger avant de boire, c’est la base »
« Boire aussi de l’eau si on consomme de l’alcool, c’est la base »
« Appeler direct les secours si ton pote est en bad, c’est la base »
« Inviter ton pote à dormir chez toi s’il est plus en état, c’est la base »
Cette campagne fait débat dans le message véhiculé, comme évoqué par le Huffington Post, puisqu’elle est perçue comme ambiguë par les professionnels de santé qui y voient un risque de « banalisation » de la consommation d’alcool. En effet les messages normalisent la consommation d’alcool des jeunes, plutôt que de la nier et de la rejeter comme cela avait pu être le cas lors de campagnes précédentes. L’objectif est d’encourager les comportements de prévention avant la prise d’alcool et la surveillance des jeunes ayant consommé de manière excessive.
Digital 📱
▶️ YouTube en guerre contre la désinformation médicale
Suite aux vagues de « fake news » qu’il y avait eu pendant la crise sanitaire liée à la COVID-19, YouTube avait en 2022 amorcé sa chasse à la désinformation médicale. Depuis le 15 août dernier, le règlement de YouTube concernant les fausses informations médicales a évolué. Toutes les catégories de maladie ne semblent pas encore être concernées par ce règlement (principalement tourné vers le Covid-19 et le cancer actuellement), mais il s’agit d’un début et l’utilisation du machine learning (une des branches de l’intelligence artificielle) et la révision des contenus par des examinateurs devraient améliorer rapidement la capacité de YouTube à traquer ces fausses informations médicales.
Ainsi ce sont 3 catégories de fausses informations médicales qui sont désormais ciblées : la prévention, les traitements et le déni de maladies. Avec ce dispositif, les créateurs de contenus partageant des informations de santé qui contredisent les recommandations de l’OMS ou des autorités compétentes locales verront leurs vidéos être supprimées. Au bout de 3 suppressions, la chaîne à l’origine de la diffusion du contenu sera clôturée.
Cette annonce est dans la continuité de ce que YouTube a entamé il y a 1 an avec la création de la section « source d’informations sur la santé » répertoriant les sources fiables sur la plateforme comme mentionné par buzz e-santé. Dans un premier temps seuls les établissements de santé y avait accès mais cela est désormais ouvert aux autres créateurs de contenus, il est même possible de candidater à cette distinction en remplissant un certain nombre d’exigences que vous pouvez retrouver ici.
Conseils Santé 🧑⚕️
✈️ Se remettre du décalage horaire
Je dois avouer que ce premier conseil santé est complètement intéressé, ayant récemment eu l’opportunité de voyager aux Etats-Unis, j’ai fait face aux effets du décalage horaire que l’on appelle plus communément « jetlag ».
Le jetlag fait suite à un franchissement rapide de plusieurs fuseaux horaire successifs et est présent dès 3h d’écart par rapport au fuseau horaire original. Les effets du décalage horaire se manifestent majoritairement par de la fatigue/irritabilité mais peut également s’étendre à des troubles alimentaires (perte d’appétit et trouble du transit intestinal) et des altérations des performances psychiques et physiques. Ces effets font suite au dérèglement de nos horloges internes habituelles (sommeil, alimentation, etc) qui suivent un rythme circadien et disparaîtront spontanément au bout de quelques jours après que le corps se soit habitué au nouveau rythme.
Voici quelques conseils qui pourront vous aider à limiter et à se remettre de l’impact du décalage horaire lors de vos prochains voyages :
Adapter ses horaires de sommeil les jours précédents votre départ : vous coucher progressivement plus tôt si votre voyage est programmé vers l’Ouest (typiquement les Etats-Unis à partir de la France) et vous coucher plus tard si vous vous rendez vers l’Est (vers l’Asie par exemple), ainsi plus vous vous rapprocherez de vos horaires de sommeil habituels dans le pays de votre destination, moins vous ressentirez les effets. Ceci permettra à votre horloge interne dite “centrale” (le cerveau) de s’adapter en amont au décalage horaire ;
Adapter vos horaires de repas à votre arrivée : d’après une étude qui a été menée il serait préférable de prendre des petits déjeuners plus copieux le matin afin d’aider son corps à régler son horloge interne périphérique (correspondant aux autres organes que le cerveau) lors des premiers jours de votre arrivée, et également instaurer des horaires de repas fixe afin d’aider votre corps à recaler son rythme circadien à vos nouveaux horaires ;
Ne changer pas vos habitudes si votre voyage est pour une durée inférieure à 3 jours car l’effet du jetlag sera encore plus fortement ressentie lors de votre retour ;
L’utilisation de mélatonine ou de somnifères peut se montrer utile chez certaines personnes mais n’est pas recommandé car ils n’auront pas d’effets sur la resynchronysation de votre sommeil mais uniquement sur votre endormissement.
Le premier numéro de Prescription touche à sa fin, faites-moi part de vos avis sur les différents thèmes abordés et n’hésitez pas à me contacter directement si vous voulez voir certains sujets être traités dans les prochaines éditions. Je reste à votre écoute concernant l’ensemble de vos retours et des améliorations que je pourrai apporter par la suite, merci de m’avoir lu !
A bientôt,
Mathieu Barbanson
